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17 octobre 2008

La place des arts à l’école

Joëlle Gonthier répond au SNUipp 58.

1) Comment a évolué la place des arts dans les écoles ces 30 dernières années ?

À l’école, la place des arts ne varie pas en fonction de ce que sont les arts ou les personnes, mais se modifie au gré des choix politiques des gouvernements qui se succèdent.
Il y a eu ainsi un passage du "dessin" du début des années soixante-dix aux "arts plastiques" et de la "musique" à l’"éducation musicale". Cette évolution a longtemps fait espérer une meilleure compréhension de la transformation des démarches artistiques, ainsi qu’une approche plus fine du rôle joué par la conjugaison de la pratique, de la réflexion et de la verbalisation dans un processus d’apprentissage, à la fois soucieux de la personne et du groupe. Dans le même temps, la médiation culturelle et les dispositifs conçus pour permettre à des publics, désormais identifiés dans leur diversité et leur complexité, se développaient dans des institutions culturelles renouvelées. De nombreux centres d’art et d’autres lieux dédiés à l’art (FRAC, DRAC, Jeu de Paume, Mac-Val, Piscine à Tourcoing…) ont été créés en région ou à Paris et les visites de publics scolaires ont contribué à leur essor. L’école s’est dans le même temps ouverte au théâtre, aux arts du cirque et les ateliers d’écriture ont fait entrer la poésie dans une dimension bien différente de celle du rituel de la récitation. L’éducation et l’enseignement des arts sont ainsi devenus très actifs et innovants, bien que le manque de moyens et de formation n’ait pas été réglé pour autant.

Les textes actuels font advenir « arts visuels », « arts du son », « arts du quotidien », « histoire des arts » et autres catégories ou sous-ensembles qui n’en fissent pas de ne pas dire ce qui se glisse derrière ! Loin d’être une meilleure prise en compte des arts à l’école, la plupart des professionnels de ces enseignements discernent une forme de liquidation associant incompréhension des enjeux, des contenus et des méthodes, manque de moyens et mise en danger d’un enseignement assuré par des enseignants. Le danger est de voir les arts sortir du domaine commun que compose l’école, pour s’inscrire encore plus durement dans un champ social où les effets de la crise rendent très problématique l’accès pour tous à l’éducation et à la culture, comme par ailleurs à la santé… La pratique artistique intégrée à un dispositif de formation, sous la responsabilité d’un enseignant lui-même formé à cette fin, est mise à mal par des horaires, des contenus et programmes ou des relégations hors du temps scolaire.
S’attaquer aux arts n’est pas simplement transformer un enseignement véritable en activité, en loisirs ou encore l’assimiler à un supplément d’âme, c’est accentuer une ségrégation sociale et porter atteinte à la réussite scolaire. En somme, l’histoire du rapport aux arts à l’école, dit la place que le pouvoir politique accorde à la formation de la personne et à son devenir.

Il semble ainsi désormais nécessaire de taire le désir et le plaisir sans lesquels savoir et création ne sont rien. Il faudrait, de plus, admettre que nous sommes limités en tout -y compris dans nos apprentissages- puisque l’on nous parle davantage aujourd’hui d’« initiation » ou de « sensibilisation » que d’ « enseignement », tandis que « lire, écrire et compter » s’impose en unique horizon. Notre destin est envisagé comme celui de consommateurs culturels n’ayant nul besoin de créer, mais seulement de mémoriser et, éventuellement, d’identifier une sélection (faite par d’autres) de ce qui a été conçu avant nous.
C’est un profil de société qui se dessine un peu plus fortement chaque fois que l’idéologie qui sous-tend ces textes entre dans les faits. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant de constater la promotion de valeurs supposées authentifiées par le poids du passé et de voir se développer le culte du patrimoine, tandis que l’époque contemporaine -sensée nous laisser sans repères- se trouve de la sorte minorée ou condamnée. Pourtant, l’histoire des arts ne pose pas problème, vue autrement : situer la création humaine dans une perspective historique, établir des relations entre les arts, lire ruptures et filiations, références et nouveautés… permet de créer ! En effet, disposer d’une démarche issue de questionnements et d’acquisitions de connaissances est utile pour investir le territoire aux frontières infiniment complexes qu’est celui de l’art. C’est l’introduction de l’histoire des arts aux dépens d’autres enseignements, sous la forme de dates et de formes figées à mémoriser qui devient inquiétante quand, dans le même temps, recherche et la création sont attaquées. Actuellement, ce n’est pas seulement l’école, mais aussi les artistes et l’art qui subissent une offensive qui menace autant leurs conditions de vie, que celles de la création, de la diffusion et de la réception de leurs œuvres. La question de la place des arts est donc un enjeu social et politique important qui nous regarde tous.

2) Quelle vision des arts sous-tend la grande lessive ?

C’est pour agir dans le contexte que je viens de décrire que j’ai conçu la Grande lessive, il y a maintenant deux ans. La Grande lessive est une installation artistique éphémère qui crée du lien social. Elle est ouverte à tous, chacun peut l’organiser là où il se trouve (école, atelier, immeuble, entreprise, quartier…) et il n’est pas nécessaire d’être artiste pour réaliser sur un format A4 un dessin, une peinture, une photo, un collage ou un texte avant de le signer au dos. Seul le désir de le faire importe. Il n’existe pas de sélection préalable, ni de remise de prix ni vente. La Grande lessive autorise. Une telle démarche devient rare. Ce qui constitue la dimension artistique et l’oeuvre est le fait que des milliers de personnes (120 000 en février dernier) agissent en même temps, en suivant les mêmes consignes. Ils font ainsi exister une création éphémère que nul ne peut voir en entier.
Cette installation singulière est issue de la rencontre de personnes d’âges différents et de conditions sociales très variées. À ma connaissance, une telle possibilité est unique à cette échelle. Si un artiste participe à la Grande lessive aux côtés d’enfants et d’adultes sans lien professionnel avec l’art, il n’entre pas en concurrence avec eux : il y a rencontre et échange de savoirs. En effet, si l’artiste est prêt à entendre ce que disent les réalisations des uns et des autres, il trouvera comment l’introduire dans son oeuvre et la réciproque est vraie, ce que fait l’artiste aide les autres à grandir. L’art s’enseigne et l’école est l’un des lieux où cet acte doit s’accomplir. Mais l’étude de l’art, c’est-à-dire l’attention accordée à ce que nous enseigne l’art peut se réaliser grâce à des dispositifs comparables à celui de la Grande lessive et quel que soit notre âge ! Je défends à la fois l’éducation et l’enseignement de l’art pour tous à l’école et le fait que l’adulte qui a quitté l’école, puisse avoir accès à une pratique artistique et à l’étude de l’art, y compris s’il n’en fait pas son métier. Cette approche rejoint d’ailleurs celle du langage : ne pas être écrivain ou poète ne nous prive pas de la parole et ne nous interdit fort heureusement ni l’écriture ni la lecture. Pourquoi le fait de ne pas être artiste, nous interdirait-il à vie la pratique de la photographie, celle du dessin, de la peinture, de la danse, du théâtre…ou de toutes autres formes prises par l’art en train de se faire ? Entre le chef d’œuvre et le rien, il y a peut-être notre place et elle est unique.

3) La pratique des arts visuels peut-elle s’intégrer dans l’aide directe destinée aux enfants en difficulté ?

Pour apporter une réponse détaillée, il serait nécessaire d’interroger les liens entretenus par le mot à l’image ; la place du geste, de l’expression faciale et de l’objet dans l’acquisition du langage ; le rôle du non verbal, celle du blanc et de l’espace dans l’apprentissage de la lecture et du calcul, …ou encore la fonction de la perception (forme, couleur, texture) dans la mémorisation. C’est dire si les pistes sont nombreuses pour accréditer la possibilité d’une aide concrète apportée aux enfants en difficulté, par une pratique artistique. Il reste à savoir si l’adulte articule une telle pratique aux autres apprentissages. En effet, on imagine souvent les « arts visuels » ou plutôt les arts plastiques (car je préfère cette approche qui n’annexe pas un art à un sens, mais en retient son effet sur le monde) comme un « détour » expressif et libérateur afin d’aborder ensuite des questions sérieuses en mathématiques ou ailleurs. Pourtant la pratique des arts permet l’acquisition de connaissances utiles en tous domaines de la pensée. C’est d’ailleurs pour cela qu’au sein d’un dispositif de formation, l’enseignement de l’art constitue un temps si précieux et non une récréation. Il questionne avec force le rapport au travail, à l’évaluation ou la place de l’imaginaire comme la possibilité d’agir seul et avec d’autres, en destinant ce que l’on fait à d’autres encore inconnus de nous. En coexistant dans le domaine des arts, les élaborations résultant de contraintes admises, de codes décryptés, de détournements créatifs ou encore de règles inventées offrent des prises à qui, jusque-là, suppose qu’il n’existe qu’une voie possible et qu’elle lui est refusée.
29 septembre 2008

 

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