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13 décembre 2010

COMMENT VOIR LES PARENTS « INVISIBLES » ?

« Nous faisons le pari que quand les parents osent se remettre à apprendre et prendre leur place dans la vie sociale, cela ne peut qu’être bénéfique aux enfants et à leurs progrès scolaires ». Sur le site de l’association ALECTA (Apprendre à Lire, Ecrire, Calculer à Tout Âge ), le décor est planté, A partir d’octobre 2008, des parents usagers de l’école se sont retrouvés une fois par semaine à Lormes et à Château-Chinon pour chercher, agir et se former sur le thème : pourquoi c’est difficile, pour certains parents, d’aller à l’école de leurs enfants, de participer aux réunions, de rencontrer les enseignants, d’aider les enfants à faire leurs devoirs...

Thierry Leutreau est professeur des écoles mis à disposition de la mission locale rurale du Morvan, comme coordonnateur de la plateforme de lutte contre l’illettrisme du Pays Nivernais-Morvan. Cette mise à disposition a permis le développement du projet ALECTA et a notamment permis d’engager l’action expérimentale « Actions Educatives Familiales » sous l’égide de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme. Lors d’un stage à destination des nouveaux directeurs, Thierry a exposé en quoi consistait la « recherche-action » qu’il a coordonnée de septembre 2008 à juin 2010 et qui a concerné deux secteurs, ceux de Château-Chinon et de Lormes, avec Sandrine Jézéquel et Catherine Latrace comme « enseignantes relais ». Outre l’association « ALECTA », les centres sociaux et les organismes de formation ont apporté leur contribution.
Il s’est agi de faire un travail auprès de ces parents « invisibles » à l’école (leur passé scolaire est souvent douloureux, la situation actuelle précaire et l’isolement fréquent) et d’observer les incidences sur la scolarité de leurs enfants. L’ambition des « Actions Educatives Familiales » est de donner la parole à ces familles. Des parents qui se définissent parfois eux-mêmes comme « invisibles » : « les réunions à l’école, rencontrer la maîtresse, ce n’est pas pour nous... Les enseignants ont leurs mots, et nous on a les nôtres, on ne se comprend pas... ».

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maternelle Lormes

13 familles ciblées avec les regards croisés des différents partenaires ont été, peu à peu, amenées à participer à des « groupes de chercheur collectif » au cours desquels Anne Vinérier, docteur en sciences de l’éducation, les parents, les enseignants, le coordonnateur échangeaient leurs points de vue sur différents sujets plus ou moins en lien avec l’école mais pas exclusivement.

Bilan positif avec des indicateurs tangibles, tels la réduction de l’absentéisme, une bonne fréquence de rencontres spontanées avec l’enseignant, des questions d’orientation facilitées car mieux acceptées, la participation aux élections, une modification du comportement des parents à l’égard de leurs pairs. Des indicateurs plus intuitifs, tel le mieux-être de l’enfant à l’école. Et maintenant ? « L’expérimentation couvrait une période de 2 ans et nous en avons dressé le bilan. Une formation sur la prévention de l’illettrisme est proposée cette année aux collègues de maternelle de la circonscription Château-Chinon Nivernais-Morvan. Pour les personnes en situation d’illettrisme, plusieurs actions sont proposées dans le cadre d’ ALECTA qui ont toujours une visée formative ». Formative pour les familles, mais sans doute aussi pour les enseignants...

4 QUESTIONS À...

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...Catherine Latrace, directrice de l’école maternelle de Lormes.

En quoi a consisté ton rôle d’enseignante et celui de Sandrine Jézéquel dans l’expérimentation ? Le projet a concerné deux pays, celui de Château-Chinon et celui de Lormes, et plusieurs partenaires. Nous avons bénéficié d’un moyen de remplacement, à savoir une collègue en stage filé. Cela nous a permis de nous former sur l’illettrisme, le repérage des familles qui ne disposent que des savoirs de base et participer aux « groupes chercheur collectif », de relayer les informations reçues auprès des collègues. Aurais-tu besoin de temps pour pouvoir continuer ? Rien n’empêche de continuer cette démarche au quotidien ; il s’agit simplement de changer de regard. Des « petites choses » font avancer. Certains collègues peuvent être dubitatifs et se dire que nous sommes en charge des élèves, pas de leurs parents. Il n’est pas question d’apprendre à lire aux parents par exemple mais de travailler avec les partenaires dont c’est le rôle (dans la Nièvre, les plateformes ALECTA et DINALI ). Comment détecter ces familles ? Elles ont des stratégies de contournement, ne viennent jamais aux réunions, ne participent pas aux élections, ne demandent jamais de rendez-vous, ne fréquentent pas les lieux de culture. En gros, ce sont celles dont on dit que l’on aimerait les rencontrer mais que l’on ne voit jamais. C’est pourquoi il faut aller vers elles. Que faire pour aller à leur rencontre ? Des « attentions » permettent de rencontrer ces parents. Par exemple, adapter la note de service de l’I.A. lors des élections ! La stratégie s’avère assez simple, au fond ; les inviter personnellement aux réunions, leur verbaliser le contenu du mot dans le cahier de liaison, les aider à leur faire franchir le seuil de la porte de l’école et les amener à parler, les solliciter pour accompagner lors des sorties ; leur faire savoir qu’elles ne sont pas seules à connaître des difficultés avec l’écrit : 9% de la population française est concernée !

 

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