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3 juillet 2014

Emploi du temps : le temps des injonctions

Dans la Nièvre, les temps d’animation pédagogique réservés aux emplois du temps ont suscité de nombreuses réactions parmi nos collègues. Qui ont le sentiment, une nouvelle fois, qu’on ne leur fait pas confiance.

Le SNUipp-FSU est demandeur de formation pour aider les collègues à appréhender les changements que la réforme des rythmes a induits sur leur pratique professionnelle.
Nous le voyons bien aujourd’hui (et les délégués du personnel FSU en CHS-CT avaient alerté sur la question dès juin) : la réforme des rythmes a provoqué des bouleversements dans la gestion du temps des élèves bien sûr, mais aussi et surtout des enseignants.
Du point de vue professionnel mais aussi personnel. Beaucoup de choses ont dû être gérées par les professeurs des écoles et ils ont dû y faire face avec plus ou moins de succès. La disparité des organisations n’a pas aidé à trouver une réponse collective : comment aider les collègues qui n’ont pas les mêmes horaires ? Les solutions pour un collègue qui a 4 jours de travail identiques ne sont pas les mêmes que pour un collègue changeant d’horaires une ou deux fois par semaine. Elles ne seront pas identiques non plus pour celui qui travaille 3,5 heures par matin avec 80 minutes de pause méridienne que pour celui qui travaille 3 heures avec deux heures de pause le midi.
S’ajoutant à cette transformation, on a demandé aux enseignants de tenir compte dans leur pédagogie d’une nouvelle contrainte (alors qu’il y en a déjà tant) : les temps d’activités périscolaires. Élément qu’ils ne maîtrisent pas et pour lequel ils n’ont pas forcément toutes les informations dans un temps suffisamment long. C’est un facteur de plus à prendre en compte dans l’organisation du travail de l’enseignant. Mais ceci plus cela plus cela plus cela … il faut aux collègues des capacités d’adaptation et de conciliation bien extraordinaires.
A ce tableau s’ajoute le fait que certains enseignants ont dû appliquer (encore) une réforme qu’ils n’approuvaient pas ou dont ils dénonçaient la mise en œuvre.

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emploi du temps

Une animation pédagogique sur la construction des emplois du temps pouvait donc être une bonne réponse à un vrai problème.
Mais ceux qui ont construit cette animation ont-ils bien pris en compte la réalité du travail « ordinaire » de la classe ? Alors que les collègues n’ont pas eu le temps d’analyser les changements de pratiques qui sont induites par la réforme des rythmes, alors que certains travaillent encore sur 4 jours, les propos ont été offensants et injonctifs. Offensants puisqu’on nous a dit que nos emplois du temps n’étaient pas bons et ne devaient pas être écrits comme nous le faisions. Injonctifs puisqu’on nous a dit comment ils devaient être et pas autrement. Si nos « erreurs » portaient principalement sur des questions de rythmes, sur « maintenant avec les nouveaux temps de l’enfant, il faut faire comme cela », nous aurions peut-être accepté la critique. Mais à deux mois de la fin d’année scolaire, à la veille de la réécriture des programmes scolaires (nouvelle terminologie, parts horaires...), demander de refaire les emplois du temps pour qu’ils soient uniformes et conformes (or l’élaboration de nos emplois du temps est complexe et tient compte d’une multitude de contraintes liées aux élèves eux-même, à l’école, à son organisation etc...) ne semble pas être le signe d’une volonté de redonner confiance à la profession.

Profession, rappelons-le, dont la formation continue est confisquée depuis plusieurs années maintenant. La formation continue devrait permettre un retour sur son enseignement et disposer des moyens de se perfectionner, notamment pour tirer profit de la recherche en pédagogie et des nouveaux outils technologiques.

Et c’est pourtant de confiance dont nous avons besoin en ce moment. Sauf à jouer aux trois petits singes il est évident que les enseignants du premier degré sont ballottés en ce moment dans une barque à laquelle ils s’accrochent tant bien que mal. Les concessions obtenues sur le plan pédagogique et salarial, sur le plan des carrières et sur le temps de travail sont minorées par les directives, consignes et autres injonctions. Finalement elles n’améliorent en rien nos conditions de travail, nos rapports sociaux (au sens large) et donc notre santé. C’est effectivement là une source de tensions pour la profession. Cette situation place les enseignants dans une position de grand écart : il faut mettre en place une organisation pour laquelle aucune formation n’a été donnée. Une fois encore, les enseignants doivent faire face seuls ; la confrontation entre les prescriptions et le travail réel conduit les collègues à une gymnastique des plus risquées pour leur bien-être. Les travaux en sociologie et en psychologie du travail montrent depuis longtemps que, quel que soit le milieu dans lequel les femmes et les hommes travaillent, ils ne font jamais exactement comme le demande le personnel d’encadrement (le manager). Chacun compose avec la réalité et les prescriptions et c’est bien là que se trouve notre espace de liberté pédagogique. Quand la prescription est remplacée par l’injonction, cet espace de liberté disparaît. Le travailleur est alors placé dans une situation d’exécutant qui ne croit guère à ce qu’il fait. On lui demande en fait d’abandonner sa connaissance du terrain, du travail réel, au profit d’une organisation définie verticalement.
Ce qui se voulait être une formation sur les emplois du temps est venu en fait compliquer le travail alors que l’objectif était peut-être de le simplifier. Pour rendre le travail des gens qui sont en première ligne plus facile, il y a 2 solutions.
La première consiste, dans des périodes de formation ou d’animation pédagogique à confronter les exigences de l’encadrement avec le travail réel et à laisser de la place au débat. Débattre des critères sur la qualité du travail bien fait permet de participer collectivement à sa définition et de prendre collectivement ce travail en main. Cette confrontation est saine, nécessaire et utile à la bonne marche du service d’éducation.
La deuxième solution, celle qui est décrite plus haut, consiste à établir un script pour simplifier la tâche. Simplifier signifie alors ici éviter tout conflit sur les critères de qualité de travail : « puisque vous nous dites que vous n’y arrivez pas, on va vous dire comment il faut faire ». Le management croit simplifier le travail réel, qui est en fait aseptisé pour se réduire à sa plus simple expression : atteindre le but fixé par l’administration, à savoir la mise en place coûte que coûte des nouveaux rythmes scolaires.
C’est à ce moment que le discours devient injonctif. Il est perçu alors par les personnels comme un déni de leur expertise. En effet, bien enseigner ne se réduit pas à appliquer un emploi du temps imaginé par quelqu’un d’autre dans sa propre classe. Tout ce que nous savons faire passe au second plan : tenir une classe, faire classe, recevoir des familles, monter et conduire des projets, travailler en équipe, etc...
Notre activité professionnelle, celle que nous pratiquons chaque jour, se trouve de ce fait rentrée, empêchée. Cette situation de déni des critères du travail bien fait, si elle dure, peut conduire à l’installation de pathologies durables dans les relations au travail. C’est une caractéristique des métiers des services. Dans ce domaine professionnel on a besoin en permanence d’un débat, d’un recul et d’une observation de et sur nos pratiques. S’ils ne bénéficient pas de cela, les enseignants feront un travail dans lequel ils ne se reconnaîtront pas, un travail dont ils ne seront plus fiers : ils ne prendront plus leur « travail à cœur ».

Heureusement deux choses permettent à la plupart des enseignants de continuer leur métier. L’attachement profond à leur mission au service des élèves et l’équipe de travail constituée par les enseignants d’une école. Travaillons à les garder intacts.

J. Derouault, avec E. Loctin et A-M. Doridot

 

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